dimanche 31 janvier 2010

"Doppler" de Erlend Loe

C'est via le blog Voyelle et Consonne, créé et régulièrement mis à jour par de "lointains" collègues, que j'ai découvert ce roman dont je suis sortie ravie !

Après le décès de son père et - surtout - une chute de vélo au beau milieu de la forêt, Doppler décide de tirer un trait sur son existence un rien "formatée". Il s'éloigne de sa femme et de ses enfants et s'installe au beau milieu de la nature pour y mener une existence coupée des "autres" qu'il ne supporte plus, coupée de l'argent qui avait tant d'importance pour lui, coupée de toute cette "application" qu'il a tenté de mettre en place dans son existence. Il a désormais choisi l'oisiveté. Pour subvenir à ses besoins basiques, Doppler échange, vole. C'est évidemment sans compter sa femme (à nouveau enceinte), son beau-frère (prêt à venir le cueillir par la peau des fesses s'il ne cesse sa "crise" et s'il ne rentre pas à la maison), le type "de droite" (qui finit par se rallier à sa cause et à planter sa tente à quelques mètres de celle de Doppler) et autres "parasites". Quel sera le choix de Doppler ? Rentrera-t-il auprès de sa femme et de son nouveau-né ? Finira-t-il par reprendre le cours de sa vie "rangée" ?

Attirée à la base par l'histoire un peu similaire au plus que fabuleux Into the wild de Sean Penn, j'ai beaucoup aimé le ton d'Erlend Loe, corrosif et drôle à la fois. Ce bref roman nous invite à nous interroger sur notre rapport à l'argent, aux autres en général et à la famille en particulier, aux biens matériels, à la nature et j'en passe. Il nous fait sourire, rire aussi. Un bon moment de lecture !

Extrait choisi :

[...] J’ai fait tant de choses.

Je me suis tellement appliqué.

Je me suis tellement appliqué que c’est à en gerber.

Je me suis appliqué au jardin d’enfants. Je me suis appliqué à l’école primaire. Je me suis appliqué au collège. Au lycée, je me suis abominablement appliqué. Je ne me suis pas appliqué que scolairement, je me suis aussi appliqué socialement. Et je me suis appliqué sans pour autant être un moule à gaufre, sans bachoter, sans me contenter de bosser ce qui était au programme. Car si j’étais appliqué, j’étais parfois rebelle, insolent, j’avais envers mes professeurs un comportement à la limite de l’admissible ; et pourtant, ils m’aimaient plus que les autres, et pour arriver à ça, il faut être appliqué sur un mode quasi incommensurablement immonde, me dis-je aujourd’hui avec effroi. J’ai été appliqué dans mes études universitaires, au cours desquelles j’ai fait la connaissance d’une petite copine super-appliquée, avec qui je suis marié d’une manière appliquée, entouré d’amis appliqués, après on m’a proposé un job appliqué qui m’a permis de faire un bras d’honneur appliqué aux autres jobs appliqués. Plus tard, nous avons eu des enfants que nous avons élevés de façon appliquée et une maison que nous avons rénovée de façon tout aussi appliquée. Pendant des décennies, j’ai pataugé dans cette marre d’application. Je me suis réveillé dedans, et je me suis endormi dedans. Je respirais l’application, j’ai respiré de l’application et, peu à peu, j’ai perdu la vie. Voilà au train où sont allées les choses, voilà comment aujourd’hui je vois les choses. Que Dieu interdise à mes enfants d’être aussi appliqués que moi. [...]


Extrait de Doppler - Pages 51 - 52 (édition 10/18 - Domaine étranger)


2 commentaires:

Voyelle et Consonne a dit…

Content que tu aies aimé. Un autre roman d'Erlend Loe vient de sortir en 10/18: Volvo trucks. Avec un aussi belle photo en couverture.

Anne-So a dit…

Oui, je l'ai vu récemment en librairie ! Chouette couverture en effet ! Tentant ... mais je vais d'abord faire diminuer un rien ma pile des livres "en attente" !