mardi 2 novembre 2010

"L'amour est à la lettre A" de Paola Calvetti


C'est un roman léger. Il m'a accompagnée durant un petit nombre de ces soirées d'octobre où le temps devient un rien maussade et où une bonne histoire d'amour vous réchauffe le coeur avant vous abandonner au sommeil. C'est l'histoire d'une femme qui, la cinquantaine atteinte, se rend compte que sa vie professionnelle ne la satisfait plus. Elle décide alors de tirer profit des circonstances et de transformer un local bien situé - dont elle vient d'hériter - en une librairie entièrement dédiée aux ouvrages traitant d'amour. Un pari risqué. Tout semble se dessiner correctement jusqu'au jour où l'homme avec lequel elle a partagé un amour aussi intense que bref à l'âge de dix-huit ans entre par hasard dans la boutique. Ne souhaitant pas déranger celle qu'il a aisément reconnue, cet homme laisse un mot à l'attention d'Emma et lui propose de la revoir. Cette rencontre sera le point de départ d'une correspondance prolongée qui fait de ce roman un ouvrage "partiellement épistolaire" délicat et savoureux. Ce n'est pas un ouvrage qui révolutionne la face du genre romanesque, c'est un fait. Mais j'ai apprécié la chaleur que m'a procurée ce roman, prêté par un être qui m'est cher. 

Le grand retour !

J'amorce mon retour sur ce blog après une (trop) longue absence ! 

Aucun billet depuis fin juin. Pourtant il y a eu des lectures. Mais pas assez de temps pour écrire à leur sujet. J'ai décidé de prendre à nouveau le temps d'alimenter ce qui est au final mon petit journal de lecture ! J'y reviens parfois, je jette un oeil à tout ce que j'ai lu au cours des derniers mois et je trouve franchement agréable de garder une trace de toutes ces pages. Coups de coeur, passions et découvertes, déception et ennui, parfois.

Cet été, j'ai eu l'occasion de lire Lignes de faille de Nancy Huston. J'ai beaucoup beaucoup aimé et je compte bien lire d'autres choses de cet auteur au cours de cette année scolaire. J'ai également lu, dans le but d'élargir une liste de lecture consacrée à l'art, La double vie de Vermeer de Luigi Guarnieri. Quel délice ! J'ai enchaîné avec quelques lectures choisies avec mes nouvelles collègues lors d'une réunion de travail en juillet : Nous les nègres, entretiens avec Kenneth Clark et James Baldwin, Malcom X et Martin Luther King. Intéressant et une base de travail pour de l'argumentation. Greffier de Joann Sfar, un ouvrage qui m'a plongée au coeur de l'affaire Charlie-Hebdo. L'enfant de Bruges de Georges Sinoué, une vraie découverte ! J'avais vu cet auteur présenter son dernier roman dans une émission littéraire mais n'avais jamais rien lu de lui. Ce roman nous plonge au coeur de la Renaissance et fait du célèbre peintre Jan Van Eyck et de son fils adoptif deux personnages délicieux. Un roman qui s'avale en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire ! Il y a aussi eu Un brillant avenir ! Ce roman de Catherine Cusset m'a profondément touchée. Un coup de coeur, pas de doute possible ! Il y a eu aussi La jeune fille rebelle, le franchement génial Philosophie en séries offert par ma maman (les grands concepts philosophiques abordés via les séries télé, démarche aussi intéressante qu'originale), la finalement décevante Reine des lectrices, les chouettes nouvelles que Daniel Kehlmann a réunies dans Gloire et les confessions de Jean-Christophe Rufin dans Un léopard sur le garot - Chroniques d'un médecin nomade !  J'en oublie. Evidemment. Mais rien de tel qu'une petite liste pour repartir du bon pied ! Et impossible de rédiger un billet détaillé au sujet de chacune de ces lectures. Les personnes qui se tournent parfois vers moi en quête d'un titre intéressant trouveront facilement un bouquin à se mettre sous la dent (les ouvrages qui m'ont vraiment beaucoup plu sont en gras ci-dessus) !


   



 








lundi 28 juin 2010

"L'espèce fabulatrice" de Nancy Huston

Me voilà de retour après une (assez) longue absence. Je pensais avoir le temps de lire beaucoup durant mon congé de maternité mais je dois admettre avoir fait fausse route. Je n'ai jamais aussi peu lu. J'en souffre parfois, même si mon petit garçon est radieux et me rend très heureuse ! Enfin, j'ai tout de même lu quelques ouvrages mais n'ai pas trouvé le temps d'écrire à leur sujet. J'ai dès lors décidé de faire un effort pour remédier à ce "trou" littéraire ... et rédactionnel ! 

De Nancy Huston, j'avais déjà lu Une adoration et - récemment - Lignes de faille. Jamais d'essai. C'est chose fait avec L'espèce fabulatrice ! Quel régal ! Nancy Huston part des questions suivantes : "Pourquoi et comment l'histoire de l'individu et celle du roman s'entrelacent-elles dans ce noeud qu'est la fiction ? A quoi sert d'inventer des histoires alors que la réalité est déjà tellement incroyable ?" Elle y répond en empruntant un chemin ponctué de citations, d'exemples et de réflexions sur l'homme et sa nature. Elle évoque dans cette essai la "narrativité de l'existence humaine", qui serait une technique de survie. Je n'en dis pas plus, ce serait gâcher le plaisir.

Cet ouvrage m'a beaucoup plu car je fais partie de ces gens qui adorent les histoires. Je pense d'ailleurs que c'est - entre autres choses - ce goût pour les histoires, pour la fiction et sa construction qui a fait de moi le professeur de français que je suis aujourd'hui. Enfant, j'écrivais des tas d'histoires sur la machine à écrire de ma maman. Adulte, je n'en écris plus mais j'en raconte, j'en explique et j'en analyse beaucoup.

En bref, un ouvrage à découvrir. Un ouvrage qui se lit en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Un essai que je pense ajouter à la liste des essais proposés en sixième année. J'ai d'ailleurs été ravie de voir que ce livre avait été sélectionné par le comité de lecture qui rédige les fascicules Au bonheur de lire. Un comité qui fait un boulot formidable.

mercredi 5 mai 2010

"Le conflit - la femme et la mère" d'Elisabeth Badinter

                                                                                                      Au vu de mon passage récent dans la sphère de la maternité, comment aurais-je pu ne pas être intriguée par le dernier essai d'Elisabeth Badinter qui, depuis plusieurs semaines déjà, est au centre de (presque) toutes les discussions ? Comment être mère tout en restant femme, comment rester femme lorsqu'on est devenue mère ... J'avais eu l'occasion de lire divers papiers au sujet de cet essai dans le Soir et n'avais pas été convaincue par la dame qui dénonçait le discours "naturaliste" ambiant, le discours pro-allaitement actuel qu'elle qualifie de "culpabilisateur" et j'en passe. C'est sans doute quand j'ai été moi-même victime de ce discours pro-allaitement culpabilisateur au point de pleurer durant deux semaines sur mon échec en la matière que j'ai ressenti l'envie de revenir vers cet ouvrage. Je l'ai au final trouvé intéressant. Mme Badinter soulève divers points auxquels je n'avais sans doute jamais pensé de manière claire et pleinement consciente. La femme, aujourd'hui, considère bien souvent qu'elle doit être une mère parfaite et tout sacrifier à son enfant car elle a choisi de devenir mère, elle a choisi de concevoir un enfant et en ce sens elle doit assumer le plus parfaitement possible le rôle qu'elle s'est assignée. Il n'en a pas toujours été ainsi. Pas toujours facile de placer la barre si haut, constate l'auteur. Au point que de plus en plus de femmes se détourneraient de la maternité en Europe. A la page 182 de son ouvrage, Elisabeth Badinter cite Michel Onfray, qu'elle présente comme un "fervent défenseur de l'idéal célibataire". Et là, je dois avouer que les propos d'Onfray m'ont ... choquée, ça doit être le mot. Je me suis sentie vraiment moche d'avoir osé faire un enfant. Michel Onfray se demande en effet "qui trouve le réel assez désirable pour initier son fils ou sa fille à l'inélucatbilité de la mort, de la fausseté des relations entre les hommes, à l'intérêt qui mène le monde, à l'obligation du travail salarié, presque toujours pénible et forcé, sinon à la précarité et au chômage ? Quel parent assez naïf, niais et demeuré, peut aimer à ce point la misère, la maladie, le dénuement, l'indigence, la vieillesse, le malheur qu'il les offre à sa descendance ?" (p. 182). Il y a de quoi s'étrangler à la première lecture. J'ai fini par conclure que Michel Onfray devait être très torturé ou très malheureux ;-) 

En bref, un essai riche qui n'est ni totalement à prendre ni totalement à laisser. Le regard qu'on portera sur ce texte sera évidemment lié aux choix que l'on a fait / ferait quant à notre manière d'envisager la maternité ou son refus.

dimanche 18 avril 2010

"L'homme qui tombe" de Don DeLillo

Ces dernières années, j'ai développé un certain intérêt pour les romans américains traitant du post-11 septembre. Pourquoi ? Sans doute parce que ces romans comportent une réflexion sur la société américaine qui généralement m'interpelle et sans doute parce que je me demande souvent comment j'aurais vécu tout cela si j'avais été une New-Yorkaise à New-York en septembre 2001, ce que je ne serai évidemment jamais. Tout a commencé avec Extrêmement fort et incroyablement près de Safran Foer (encore lui). Il y a eu ensuite La belle vie de Jay McInerney, Les enfants de l'empereur de Claire Messud ou encore Constat d'accident et Seul dans le noir de Paul Auster. Je poursuis mon cycle avec L'homme qui tombe de Don DeLillo, publié en 2007.

DeLillo y présente un couple, Lianne et Keith, que le 11 septembre va réunir de manière assez inattendue. Être parvenu à sortir de l'une des tours du World Trace Center et avoir ainsi échappé à la mort va en effet inviter Keith à se rapprocher de sa femme - avec laquelle il ne vit plus - et de leur jeune fils. Et il y a cet "homme qui tombe", cet artiste (in)compris qu'il est possible de "croiser" au détour d'une rue de New-York, s'élançant dans les airs comme ces individus désespérés ayant choisi de se jeter dans le vide du haut des tours. L'auteur dresse un portrait de l'Amérique de ce début du 21e siècle et de ses rapports au Proche-Orient, les personnages s'interrogent et le lecteur partage leurs questions. A travers le personnage de Martin, l'auteur aborde l'opposition Amérique-Europe qui n'a pas fini de faire couler l'encre des écrivains et journalistes. DeLillo présente ici un roman stylistiquement intéressant. Il joue en effet beaucoup sur les pronoms, on ne sait pas toujours qui sont ces "il" et ces "elle", au sein d'un même chapitre les points de vue s'enchaînent. Cela rend selon moi le récit riche et palpitant. A découvrir.

Extraits choisis

Mais c'est bien pour ça que vous aviez construit les tours, non ? N'ont-elles pas été conçues comme des fantasmes de richesse et de puissance, destinés à devenir un jour des fantasmes de destruction ? C'est pour la voir s'écrouler que l'on construit une chose pareille. La provocation est évidente. Quelle autre raison aurait-on de la dresser si haut et puis de la faire en double, de la dupliquer ?

"Si nous occupons le centre, c'est parce que vous nous y avez mis. Voilà votre vrai dilemme, dit-il. En dépit de tout, nous sommes toujours l'Amérique et vous êtes toujours l'Europe. Vous allez voir nos films, vous lisez nos livres, vous écoutez notre musique, vous parlez notre langue. Comment pouvez-vous cesser de penser à nous ? Vous nous voyez et nous entendez tout le temps. Posez-vous la question. Il y a quoi après l'Amérique ?" Martin répondit avec calme, presque sans conviction, comme s'adressant à lui-même. "Je ne connais plus cette Amérique-là. Je ne la reconnais pas, dit-il. Il y a un espace vide à l'endroit où était l'Amérique."

jeudi 8 avril 2010

"Away we go" de Sam Mendes

De Sam Mendes, j'avais évidemment vu - et adoré - American beauty. J'avais aussi vu - et moins apprécié - Revolutionary road. De manière assez étonnante, je n'avais pas du tout entendu parler de son dernier film, Away we go. C'est sur Pure FM que j'ai, un peu par hasard, entendu parler de ce film, présenté par les spécialistes ciné de la RTBF en termes plus qu'élogieux lors de sa sortie en DVD il y a deux mois environ. Ils étaient d'ailleurs les premiers à s'étonner de la sortie plus que discrète de ce film sur grand écran. J'ai voulu juger par moi-même et n'ai pas été déçue, bien loin de là. Away we go est un petit bijou !

Sam Mendes y présente un jeune couple, Burt et Verona, en passe de devenir parents de manière un rien ... inattendue. L'annonce de cette parentalité toute proche et du déménagement imminent des parents de Burt - sur lesquels le couple comptait beaucoup - les amène à se remettre en question et à évoquer la possibilité d'un déménagement vers une autre ville des Etats-Unis. Où s'installer pour fonder leur famille ? Burt et Verona décident de reprendre contact avec de vieilles connaissances, espérant qu'une amitié ravivée pourrait les aider à poser un choix ... Qu'en sera-t-il au final ?

Je ne peux nier que le fait d'être devenue maman quelques jours avant de regarder ce film a influencé ma perception du travail de Sam Mendes. Je ne peux pas non plus nier que la bande originale du film, composée en grande partie de chansons d'Alexi Murdoch que j'apprécie beaucoup, a contribué à l'attraction que ce film a exercé sur moi. Quoi qu'il en soit, j'ai tout simplement adoré Away we go, un film tout en délicatesse, en finesse, un film plein de fraîcheur et de candeur, un film touchant et parfois très drôle qui invite à la réflexion. A voir absolument ! 

        


vendredi 26 mars 2010

"Coeur cousu" de Carole Martinez

Gros coup de coeur ! J'ai littéralement adoré et dévoré le premier roman de Carole Martinez, acheté en raison d'un petit commentaire apposé par le libraire (j'adore les librairies où les libraires ... lisent ! et notent de petits commentaires sur des bouts de carton) ! Une histoire prenante, une écriture poétique vraiment agréable à lire, une part de surnaturel qui m'a enchantée ... Au final, une lecture-délice, un roman qui se lit comme un conte !

L'auteur retrace dans cet ouvrage la vie de Frasquita, petite espagnole découvrant enfant son don pour la couture, don qui intrigue bien des gens et fera d'elle un mystère. Devenue mère de nombreux enfants - jouissant de dons plus étranges les uns que les autres -, son mari la joue ... et la perd au cours d'un combat de coq. Humiliée, Frasquita décide de tout quitter et de partir avec ses enfants à travers l'Espagne. En Andalousie, elle se retrouve au beau milieu d'une révolte paysanne et fait des miracles avec son fil et ses aiguilles. Jusqu'au jour où ...

Un univers merveilleux à découvrir, un univers de femmes, de mères et d'enfants, un univers chatoyant et dur à la fois, un univers épicé et chaud, une saga familiale à déguster au plus vite.

Une lecture des premières pages du roman est proposée ici et l'auteur se confie ici suite à une lecture (aussi).