Au vu de mon passage récent dans la sphère de la maternité, comment aurais-je pu ne pas être intriguée par le dernier essai d'Elisabeth Badinter qui, depuis plusieurs semaines déjà, est au centre de (presque) toutes les discussions ? Comment être mère tout en restant femme, comment rester femme lorsqu'on est devenue mère ... J'avais eu l'occasion de lire divers papiers au sujet de cet essai dans le Soir et n'avais pas été convaincue par la dame qui dénonçait le discours "naturaliste" ambiant, le discours pro-allaitement actuel qu'elle qualifie de "culpabilisateur" et j'en passe. C'est sans doute quand j'ai été moi-même victime de ce discours pro-allaitement culpabilisateur au point de pleurer durant deux semaines sur mon échec en la matière que j'ai ressenti l'envie de revenir vers cet ouvrage. Je l'ai au final trouvé intéressant. Mme Badinter soulève divers points auxquels je n'avais sans doute jamais pensé de manière claire et pleinement consciente. La femme, aujourd'hui, considère bien souvent qu'elle doit être une mère parfaite et tout sacrifier à son enfant car elle a choisi de devenir mère, elle a choisi de concevoir un enfant et en ce sens elle doit assumer le plus parfaitement possible le rôle qu'elle s'est assignée. Il n'en a pas toujours été ainsi. Pas toujours facile de placer la barre si haut, constate l'auteur. Au point que de plus en plus de femmes se détourneraient de la maternité en Europe. A la page 182 de son ouvrage, Elisabeth Badinter cite Michel Onfray, qu'elle présente comme un "fervent défenseur de l'idéal célibataire". Et là, je dois avouer que les propos d'Onfray m'ont ... choquée, ça doit être le mot. Je me suis sentie vraiment moche d'avoir osé faire un enfant. Michel Onfray se demande en effet "qui trouve le réel assez désirable pour initier son fils ou sa fille à l'inélucatbilité de la mort, de la fausseté des relations entre les hommes, à l'intérêt qui mène le monde, à l'obligation du travail salarié, presque toujours pénible et forcé, sinon à la précarité et au chômage ? Quel parent assez naïf, niais et demeuré, peut aimer à ce point la misère, la maladie, le dénuement, l'indigence, la vieillesse, le malheur qu'il les offre à sa descendance ?" (p. 182). Il y a de quoi s'étrangler à la première lecture. J'ai fini par conclure que Michel Onfray devait être très torturé ou très malheureux ;-) En bref, un essai riche qui n'est ni totalement à prendre ni totalement à laisser. Le regard qu'on portera sur ce texte sera évidemment lié aux choix que l'on a fait / ferait quant à notre manière d'envisager la maternité ou son refus.
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