mardi 12 janvier 2010

"L'esprit de l'athéïsme" d'André Comte-Sponville


En rhéto, les élèves doivent lire et présenter un essai. J'en propose plusieurs, ils travaillent par groupe. Epreuve pas toujours évidente pour des jeunes qu'on gave de fiction et qui, osons le dire, mettent rarement le nez dans la presse ou des articles de fond. C'était l'occasion pour moi de relire L'esprit de l'athéïsme, choisi par un groupe cette année. Un essai vraiment intéressant. Le Comte-Sponville philosophe revient ici sur trois grandes questions : Peut-on se passer de religion ? Dieu existe-t-il ? Quelle spiritualité pour les athées ? Au fil de ce parcours, il mêle ses expériences et réflexions personnelles (précisons qu'il a cru en Dieu jusqu'à l'âge de dix-huit ans) à la pensée de divers "grands" tels Spinoza, Leibniz, Descartes, Freud ou Nietzsche pour ne citer qu'eux. Au final, il estime qu'il est tout à fait possible de se passer de religion (sans blague) mais qu'il n'est pas pour autant obligatoire de jeter à la poubelle les valeurs fondamentales du christianisme (il se présente en ce sens comme un "athée fidèle"), il revient sur divers arguments lui permettant de penser que Dieu n'existe pas et achève sa présentation par une réflexion sur la nature de la spiritualité et sur ce qui est à la disposition des athées. Une lecture relativement aisée, proposée par un philosophe tolérant, un athée "modéré" ai-je envie de dire, n'aimant pas les conflits. Le ton reste respectueux et invite à plus d'ouverture d'esprit. On est là - dans le ton - loin du Traité d'athéologie de Michel Onfray !

Extraits choisis :

"Oui, j'ai le sentiment de vivre mieux - plus lucidement, plus librement, plus intensément - depuis que je suis athée. Cela, toutefois, ne saurait valoir comme loi générale. Plusieurs convertis pourraient témoigner en sens inverse [...] Qu'en conclure, sinon que nous sommes tous différents ? Ce monde me suffit : je suis athée et content de l'être. Mais d'autres, sans doute plus nombreux, ne sont pas moins satisfaits d'avoir la foi. C'est peut-être qu'ils ont besoin d'un Dieu pour se consoler, pour se rassurer, pour échapper [...] à l'absurde, au désespoir, ou tout simplement pour donner une cohérence à leur vie [...]"
(André Comte-Sponville - p. 16 de l'édition Le Livre de poche)

"Ou bien Dieu veut éliminer le mal et ne le peut ; ou il le peut et ne le veut ; ou il ne le veut ni ne le peut ; ou il le veut et le peut. S'il le veut et ne le peut, il est impuissant, ce qui ne convient pas à Dieu ; s'il le peut et ne le veut, il est méchant, ce qui est étranger à Dieu. S'il ne le peut ni ne le veut, il est à la fois impuissant et méchant, il n'est donc pas Dieu. S'il le veut et le peut, ce qui convient seul à Dieu, d'où vient donc le mal, ou pourquoi Dieu ne le supprime-t-il pas ? " (Epicure cité par André Comte-Sponville - p. 119 de l'édition Le Livre de poche)

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